Contenu

Cultiver l’art de convaincre


Rendez-vous était donné aux Grands Voisins, dans l’enceinte de l’ancien Hôpital Saint-Vincent-de-Paul avenue Denfert-Rochereau, un lieu associatif solidaire et partagé offrant de nombreux espaces d’expression. Et c’est dans la pouponnière, qui fut aussi une chapelle autrefois, que les jeunes étaient accueillis pour l’événement. « Bébés tribuns », « graines de stars des prétoires » ? Qui sait ? Motivés, coachés, encouragés par leurs camarades, ils sont arrivés en grande forme pour « faire le show », sur des sujets d’actualité de la plus haute importance. Preuve, s’il en fallait une, de leur grande maturité !

« Cet entraînement vous sera utile »

Anne Bossy, directrice de la DRIAAF a tenu à souhaiter la bienvenue aux participants (6 binômes et un candidat en solo), venus des lycées agricoles de Saint-Germain-en-Laye, Rambouillet et Brie-Comte-Robert à Bougainville. Le 4e établissement public francilien, celui de La Bretonnière à Chailly-en-Brie, était quant à lui représenté par Steven, son délégué régional, membre du jury du concours aux côtés de Paquita (du SFRD, et cheffe d’orchestre de l’événement), Géraldine (de la DGER), Delphine (de la Dicom) et David (de la Commission européenne).
« Parler en essayant de convaincre, cela vous sera utile dans toutes les étapes de votre vie scolaire, professionnelle ou personnelle », a-t-elle déclaré en préambule. Rappelant l’importance des relations humaines, de personne à personne, face à l’essor d’une communication écrite de plus en plus dématérialisée, et celle de mobiliser l’attention, d’intéresser, dans un monde où l’information arrive de toutes parts, Anne Bossy a aussi insisté sur une chose essentielle : « au prétexte d’un effet de manche, il ne faut pas dire n’importe quoi pour autant ! » Au vu de la thématique imposée, « l’Europe : quel avenir ? », nul doute que les candidats s’étaient concentrés sur le fond autant - voire plus ! - que sur la forme.

« Parler en public demande du courage »

Paquita Gasquez, la « maîtresse de cérémonie », a ensuite pris la parole pour rassurer les jeunes, dont elle semblait très proche. 30 ans d’expérience dans l’éducation socioculturelle, au sein des 3 lycées en présence, cela crée forcément une proximité naturelle ! « Vous avez le trac ? Vous avez bien dormi ? » Une note d’humour pour mettre tout le monde à l’aise. « Dans le jury, nous sommes tous gentils. Nous ne sommes pas là pour vous juger. Nous savons que parler en public demande du courage. N’ayez pas peur de « bugger », ça arrive à tout le monde ! » Elle a ensuite invité le public, composé d’élèves et d’enseignants, à encourager toutes les équipes. Un esprit de solidarité bel et bien présent dans la salle, réchauffée par un maître-mot : la bienveillance.

Des plaidoiries remarquables

Les prestations orales se sont enchaînées sans répit, devant un jury particulièrement attentif, unanimement séduit, parfois même amusé. Albane et Titouan (Saint-Germain-en-Laye) ont « ouvert le bal » avec un plaidoyer pour une réforme de la PAC au profit des agriculteurs et de l’environnement. Un sujet majeur, amplement documenté et défendu. Puis Emma et Arthur (Rambouillet) se sont interrogés sur les risques d’un avenir sans les abeilles, développant leur argumentation avec passion. Estelle et Nolwenn (Bougainville) ont quant à elles choisi de parler de la mobilisation de l’UE contre le glyphosate. Un sujet sensible, traité avec beaucoup d’inventivité. Colline et Elliot (Saint-Germain-en-Laye) ont enchaîné sur le bien-être animal en France et dans l’espace européen, autre sujet d’actualité très controversé, qu’ils ont étayé avec conviction, multipliant les illustrations concrètes, qui n’ont pas manqué de faire réagir l’auditoire. Puis ce fut au tour d’Hugo (Bougainville) de prendre la parole, en solo. Enfin pas tout à fait, puisqu’il était accompagné d’un abeille, posée sur le pupitre, incarnant le sujet de son exposé. Amina et Anne-Marie (Saint-Germain-en-Laye) ont pris le relais, se demandant si l’égalité femmes/hommes était réellement un enjeu européen, à travers une étude comparée extrêmement fouillée et inspirante. Enfin, Émeline et Lauryne (Bougainville) ont choisi de parler de la nécessité d’une union des écoles européennes contre la haine, évoquant tour à tour la question du racisme, et du rejet de la différence dans son ensemble.

Imaginer l’agriculture du futur

Après la délibération du jury, Franck Feuillatre, chef du bureau de la vie scolaire, étudiante et de l’insertion à la DGER, a pris la parole pour leur adresser à tous un « grand bravo », après avoir insisté sur un point : la qualité des sources. « A la DGER, ce que l’on recherche, c’est que les jeunes soient non seulement acteurs mais aussi auteurs, et pour cela il faut aller puiser l’information, la mettre en forme, en valeur, pour convaincre.  »
David Laureau, de la direction générale « agriculture et développement rural » à la Commission européenne, venu spécialement de Bruxelles pour assister à ce concours d’éloquence, a lui aussi tenu à féliciter les participants, en évoquant son propre parcours. « Mon travail consiste à réfléchir à l’avenir de la PAC. Nous imaginons l’agriculture du futur, après 2040. Comme vous je suis animé par le projet européen. » Passionné par son sujet, il a conclu en citant Raymond Aron : « la communauté européenne, ce n’est pas le thème pour l’enthousiasme d’un jour, c’est le terme de l’effort qui donne un sens à une vie ou fixe un objectif à une génération  ». Un message fort, pour clôturer cette matinée placée sous le signe de l’engagement.

Les lauréats sont…

  • Prix spécial du jury : Amina et Anne-Marie (Saint-Germain-en-Laye), pour « L’égalité femmes/hommes, est-ce réellement un enjeu européen ? »
  • Prix de la créativité : Estelle et Nolwenn (Bougainville), pour leur « mobilisation de l’UE contre le glyphosate »
  • Prix de l’argumentation : Emma et Arthur (Rambouillet) pour « Quel avenir sans les abeilles ? »