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Le festival Alimenterre à la Bergerie Nationale de Rambouillet

Une journée sous le signe de l’Afrique a été organisée par les chargés de mission du département 3DFI à l’occasion du Festival Alimenterre.

Le choix de la Bergerie s’est porté sur le film « Burkina Bounty : Agroécologie au Burkina Faso » qui a su montrer les liens entre art, agroécologie et conscience collective.

La projection a été suivie d’un riche échange entre Oumou Khairi Diallo qui est à la tête d’une exploitation près de Dakar au Sénégal et les spectateurs.

Roland Delon, directeur de la Bergerie Nationale a souligné l’importance capitale du slogan du festival : « Notre avenir se joue dans nos assiettes » car la Bergerie est bien dans cette logique depuis longtemps.

Lucie Pouliquen du CFSI a rappelé que l’association de solidarité internationale soutient les projets en agriculture paysanne en Afrique de l’ouest ; elle a également souligné que le festival avait toute sa place au sein de l’Enseignement Agricole pour permettre aux jeunes formés, futurs acteurs du monde agricole de contribuer à des systèmes alimentaires durables et solidaires.

Oumou, quant à elle, est intervenue avec la force de conviction qui la caractérise. Engagée pour la souveraineté alimentaire de son pays et l’autonomisation des femmes, elle a d’emblée posé les termes de son discours : « l’agriculture c’est notre vie ». Issue d’une famille « agricole », elle gère une ferme qui fait vivre quotidiennement 40 personnes et qui est en autosuffisance sur 13 mois !

Son souhait le plus fort : mettre les femmes au 1er rang pour que les gens vivent en Afrique. On voit d’ailleurs dans le film projeté que les femmes sont dans tous les secteurs d’activité. « La femme est la 1ère réveillée et la dernière à aller se coucher, elle n’a de cesse de travailler pour nourrir et payer la scolarisation de ses enfants ».
Les hommes ne sont pas présents sur les activités de production car ils ont beaucoup travaillé avec les femmes quand ils étaient enfants. A 30-35 ans ils ont déjà des enfants de 12-13 ans. L’homme a pour mission de chercher ce qui n’est pas produit sur l’exploitation.
« J’aime dire que je suis agricultrice, l’agriculture familiale n’est pas archaïque  » lance Oumou à l’assemblée. « Ce qui tue l’agriculture familiale en Afrique ce sont les multinationales. »
Et Oumou explique à l’aide de l’exemple concret du lait combien la production mondiale est interdépendante. En effet, le lait est acheté par les multinationales aux producteurs européens puis réduit en poudre et additionné d’huile de palme pour être revendu à bas prix mais en très grande quantité en Afrique !
Sans parler de l’empreinte carbone de l’opération, ce mauvais lait va non seulement ruiner la santé humaine mais également favoriser le déplacement des jeunes alors qu’ils sont bien chez eux. «  Mais si on est envahi chez nous et qu’on ne peut plus travailler, on fuit » confie tristement Oumou.

Les questions du public ont porté sur des problématiques telles que l’insécurité, le poids de la religion, les droits des femmes…. Et cette notion est en fait essentielle et doit évoluer rapidement selon Oumou.
L’un des freins majeurs au développement est le droit coutumier car les femmes ne possèdent pas de terre. Pour produire, elles doivent avoir la permission d’un homme !
Mais Oumou, son franc parler et sa logique de militante a déjà fait tomber quelques barrières juste en démontrant simplement aux chefs de village qu’il y a nécessité vitale à valoriser le travail des femmes et à développer encore les fermes familiales.
Une unité de transformation a d’ailleurs été créée à quelques kilomètres de sa ferme grâce à l’appui du CFSI et de l’AFDI Bourgogne Franche Comté. 1200 femmes y ont été formées. Oumou utilise même des mésophiles de Lons le Saulnier ! Dans le Jura, elle a reçu en cadeau une baratte ancienne dont elle se sert pour fabriquer du beurre mais uniquement sur commande car c’est encore une denrée rare et peu accessible financièrement pour la population.
Oumou nous confie qu’elle mange également les légumes bio de sa ferme : pas par conviction mais par souci d’économie ! En utilisant des bouses de vaches comme combustible, elle utilise moins de gaz, ne coupe plus d’arbres et utilise la fumure comme engrais au jardin !

La soirée s’est achevée autour d’un verre d’hibiscus servi par l’association Solidarité Ndem France ; Artisans du monde 78 était également au rendez-vous.
Une belle action fédératrice à reconduire assurément !