CRALIM 2025 - Une édition tournée vers la SNANC et ses enjeux en restauration collective, pour donner un cap et mettre le collectif au centre
Le mercredi 8 octobre 2025, la préfecture de la région d’Île-de-France a accueilli le Comité Régional de l’Alimentation (CRALIM), un événement qui a rassemblé plus de 140 acteurs (administrations, élus, collectivités, associations, filières agricoles, interprofessions, entreprises, gestionnaires de restauration collective, etc.).
Ce rendez-vous, institué par la loi EGalim, permet de mettre en œuvre le Programme National pour l’Alimentation (PNA) à l’échelle régionale. Cette année, les réflexions ont été consacrées à la restauration collective publique et privée, avec l’enjeu de mobiliser la loi EGalim pour construire, dynamiser, et finalement aller plus loin dans la transition alimentaire.
L’enjeu de cette édition était de montrer que, malgré sa dépendance agricole structurelle, la région francilienne peut être moteur d’innovation alimentaire, un véritable laboratoire national de la transition.
Marie GAUTIER-MELLERAY, Préfète Secrétaire Générale aux Politiques Publiques, a ouvert cette demi-journée en rappelant qu’« EGALIM n’est pas seulement une loi, c’est un cap. En Île-de-France, ce cap se traduit déjà dans les assiettes et dans les territoires » et en insistant sur l’importance de ces moments d’échanges autour d’enjeux prioritaires en Île-de-France.
La Préfète a souligné la dynamique positive de la loi EGalim en restauration collective, ses leviers, ses impacts, et sa cohérence avec les orientations de la future SNANC. Ces avancées sont le résultat de partenariats forts entre acteurs territoriaux, en lien avec l’engagement de l’Etat sur ces sujets. Le rôle de l’Etat se matérialise notamment à travers son soutien dans le cadre de la planification écologique (près de 1,3 millions d’euros déployés sur 2024 et 2025), ainsi qu’un appel à projets régional dédié à la restauration collective et centré sur les leviers d’atteinte EGalim, notamment en matière juridique et de promotion des démarches globales.
Après cette ouverture institutionnelle, la demi-journée a été rythmée par deux tables rondes autour des dynamiques et impacts de la mise en œuvre des dispositions EGalim en restauration collective publique et privée.
La première table ronde du CRALIM avait pour objectif de mettre en lumière les avancées du territoire francilien en mettant l’accent également sur les leviers, en ciblant les enjeux ainsi que les marges de progrès.
Les grandes tendances du territoire francilien au regard des bilans des campagnes Ma cantine ont pu ainsi être présentées. L’évolution est en effet favorable, à travers une progression des cantines télédéclarantes qui atteignent les enjeux EGalim.
Néanmoins, des enjeux demeurent en fonction notamment des secteurs de la restauration collective, des territoires ou encore sur l’objectif de 20% de produits issus de l’agriculture biologique.
Des leviers identifiés et opérationnels sont à promouvoir, notamment à destination des secteurs qui accusent un retard plus marqué : la santé, les EHPAD, la restauration d’entreprise, les restaurations concédées notamment.
Les leviers juridiques, la structuration avec les filières locales, l’accompagnement ciblé, le Programme lait et fruit à l’école ont été spécifiquement mis en avant et font écho aux enjeux travaillés dans le cadre de la COP / Volet Alimentation.
Retour sur les interventions de la première table ronde
DRIAAF – Bilan régional
La DRIAAF a présenté les résultats encourageants des campagnes “Ma Cantine” et les premiers effets du volet alimentation de la COP régionale.
Message clé : les dynamiques se développent, mais des marges de progression restent importantes en fonction notamment des secteurs de la restauration collective, des territoires ou encore sur l’objectif de 20% de produits issus de l’agriculture biologique.
Conseil régional Île-de-France - Valérie Lacroute
La Région a misé sur Approv’Halles, une plateforme innovante d’achat local pour les lycées franciliens :
« C’est une façon de rapprocher l’offre et la demande et de montrer qu’EGALIM n’est pas seulement une contrainte, mais un levier de développement territorial. »
Message clé : C’est une façon de rapprocher l’offre et la demande, tout en démontrant que développer des filières régionales et assurer le juste revenu aux agriculteurs, producteurs, éleveurs renforce non seulement la résilience alimentaire de notre territoire (en valorisant le savoir-faire local et en donnant aux jeunes générations l’accès à des produits de qualité qui incarnent une alimentation durable et de proximité) mais représente également un levier pour progresser en matière d’EGALIM.
Orange – Corinne Guillaume
Le groupe Orange, avec ses 55 restaurants d’entreprise, a témoigné de son rôle pionnier.
« Servir deux millions de repas par an, c’est deux millions d’occasions de faire évoluer les pratiques alimentaires. »
Leur anticipation d’EGalim dès 2017 a permis d’expérimenter sur le bio, le local et la valorisation des biodéchets.
Message clé : la restauration d’entreprise est soumise aux mêmes obligations que les autres secteurs de la restauration collective, en matière d’approvisionnements et de télédéclarations sur la plateforme Ma cantine ; Des leviers forts existent et permettent de progresser dans la mise en œuvre d’une restauration durable.
Cantines Responsables – Catherine Le Dantec
Le secteur médico-social est souvent présenté comme contraint : budgets serrés, convives fragiles, organisation complexe. Pourtant, l’expérience des EHPAD pilotes (dans le cadre de l’AMI porté par Cantines Responsables et le Groupement des Agriculteurs Bio d’Île-de-France, qui a pour ambition d’accompagner plusieurs EHPAD franciliens, dans la mise en œuvre opérationnelle des démarches Egalim) montre que des outils adéquats permettent de travailler des leviers stratégiques pour atteindre les objectifs EGALIM.
Message clé : des leviers opérationnels (Sourcing, Réduction du gaspillage, Conception des menus et de la journée alimentaire) et organisationnels (Engagement et mobilisation dans la durée, Méthode / Pilotage dans une dynamique d’amélioration continue) sont indispensables.
Quadrature restauration – Antoine Massenet
La société Quadrature restauration a présenté les leviers qu’elle identifie en tant que prestataire pour travailler de façon opérationnelle à l’intégration de critères EGalim avec les collectivités.
« Limiter le gaspillage, c’est aussi mieux prévoir les repas commandés et réellement consommés. »
Message clé : En matière de restauration concédée, intégrer EGalim dans les cahiers des charges nécessite de travailler les objectifs de lutte contre le gaspillage alimentaire et de bâtir une véritable co-responsabilité entre partenaires.
Ville de Noisy-le-sec- Julie Grunebaum
L’expérimentation Nutri activ visant à déployer une approche systémique de l’éducation nutritionnelle, à l’alimentation durable et au goût dans plusieurs villes de Seine-Saint-Denis, dont Noisy-le-sec, illustre comment les enjeux de formation et d’éducation au gout représentent des leviers forts pour l’atteinte des objectifs EGalim.
« La loi est extraordinaire pour faire bouger les lignes. Sans la loi, je ne peux pas. »
Message clé : EGalim a servi de cadre pour un projet éducatif global et une montée en gamme des repas, conciliant social et qualité.
FranceAgriMer & Interfel – Vincent Busson & Olivier Aygaguer
Ce programme européen, déployé en Île-de-France, illustre l’articulation entre le cadre national et la réalité des cantines. Il s’agit d’une opportunité très concrète de donner accès aux enfants à des fruits frais de qualité, et de renforcer les objectifs EGALIM. Si l’Île-de-France fait partie des régions qui sont bien représentées dans ce dispositif, de nombreuses collectivités ne s’en sont pas encore saisies, alors qu’il s’agit d’un levier opérationnel fort. Dès lors, les enjeux d’accompagnement sont essentiels.
« Lorsque nous allons à la rencontre des professionnels, nous n’avons rien à vendre : nous offrons de l’argent pour aider les cantines. »
Message clé : Les programmes “Fruits & Lait à l’école” sont devenus de puissants leviers d’éducation et d’accès aux produits frais.
Synthèse de la table ronde 1 :
EGALIM agit comme un catalyseur. Des freins demeurent et ne doivent pas être sous-estimés (budgets, complexité des filières, volume de production locale limité…).
Des leviers identifiés et opérationnels sont à promouvoir : les leviers juridiques, la structuration avec les filières locales, l’accompagnement ciblé, le Programme lait et fruit à l’école ont été spécifiquement mis en avant et font écho aux enjeux travaillés dans le cadre de la COP / Volet Alimentation.
A retenir :
- L’enjeu de la lutte contre le gaspillage alimentaire, que ce soit dans le cadrage des cahiers des charges dans le cadre de restauration déléguée ou encore pour faire le lien avec le secteur de l’aide alimentaire
- La formation et le rôle des agents de la pause méridienne dans le cadre de l’éducation au goût des enfants
- L’importance des démarches globales structurantes, quels que soient les secteurs de la restauration collective
La deuxième table ronde visait à valoriser les impacts des démarches EGalim en mettant en avant les dynamiques créées ou renforcées pour le territoire, la population, les filières, etc.
Au-delà des critères définis par la loi, la démarche EGalim permet d’impulser ou de conforter de nombreuses externalités positives en matière de filières, dynamiques territoriales et auprès des convives.
Les intervenants ont pu mettre en avant des initiatives franciliennes, ce qui constitue également un enjeu fort du CRALIM, dans un objectif global d’information, de mise en réseau et d’échange de pratiques.
Retour sur les interventions de la deuxième table ronde
Bergerie Nationale – Raphaël Baratin
La bergerie nationale est un lieu emblématique : démonstrateur, formateur, acteur de terrain. Son expérience autour de la filière blé-farine-pain illustre parfaitement l’esprit d’EGalim : créer des circuits courts, tracer les produits, et démontrer que la restauration collective peut être un moteur de structuration territoriale et de création de liens entre acteurs.
« EGalim a conforté notre décision d’investir dans une filière blé-baguette locale. »
Message clé : A travers cette expérience, la bergerie nationale met en avant un exemple de circuit vertueux reliant producteurs, transformateurs et consommateurs.
PAT de Cergy Pontoise et du Vexin français – Benjamin Demailly & Xavier Talon
Avec les Projets Alimentaires Territoriaux, l’alimentation devient un projet de territoire. L’expérience du Vexin et de Cergy-Pontoise montre qu’au-delà de l’approvisionnement, il y a un travail de structuration, de communication et d’identité collective qui se construit autour de l’assiette.
« Derrière chaque assiette servie dans une cantine, il y a une histoire de territoire. »
Message clé : les PAT sont des puissants leviers et catalyseurs de structuration des filières locales.
Interbev Ile-de-France – Philippe Dufour
La filière viande illustre bien l’opportunité en lien avec EGalim de mettre en avant la durabilité, l’autonomie fourragère et la valeur ajoutée des éleveurs du territoire.
Une démarche est en cours, afin d’évoluer vers une labellisation commerce équitable.
« Derrière chaque steak servi en cantine, il y a des prairies qui stockent du carbone et des éleveurs engagés. »
Message clé : EGalim est vu ici comme un levier de justice économique et de valorisation du modèle d’élevage français ; néanmoins au vu de l’augmentation des prix à l’export, une solidarité entre chaque maillon reste indispensable pour que la restauration collective puisse continuer à promouvoir la viande durable.
GAB Île-de-France – Céline Santos Nunes
EGalim a joué un rôle de catalyseur pour la filière BIO, en sécurisant des débouchés et en incitant les acheteurs à s’engager. Mais au-delà des volumes, il s’agit également d’une question de structuration, de résilience et de justice sociale qui est posée. »
« EGalim, c’est une baguette magique… à condition de s’en emparer collectivement. »
Message clé : Le BIO devient un outil de justice sociale, garantissant un accès égalitaire à des produits sains.
Ville de Saint-Denis – Leyla Temel
La loi EGalim peut également être un tremplin. A Saint-Denis, la loi a permis d’aller bien plus loin : construire une politique alimentaire ambitieuse, universelle, sociale et éducative, avec la gratuité comme symbole d’équité. La ville a impulsé dans ce cadre une démarche globale, notamment en s’appuyant sur le fait-maison, la lutte contre le gaspillage alimentaire et la formation des agents.
« À Saint-Denis, EGalim a été un projet de société. »
Message clé : La cantine gratuite et durable illustre un modèle social fort : santé, réussite et égalité réunies dans l’assiette.
Ville de Paris- Crèche du 7e arrondissement – Angélique Jardel-Jardin
La restauration de la petite enfance constitue également un enjeu fort. L’expérience des crèches parisiennes montre que dès le plus jeune âge, alimentation, santé et éducation, information, sensibilisation des parents sont intimement liés.
« Derrière chaque repas servi en crèche, il y a une démarche collective : celle de donner à nos enfants le meilleur dès le plus jeune âge. »
Message clé : La restauration de la petite enfance apparaît comme le socle éducatif de la transition alimentaire.
Synthèse de la table ronde :
EGalim n’est pas seulement une loi chiffrée, mais une dynamique :
- pour les filières : structurer des débouchés, sécuriser des producteurs, rapprocher territoires et restauration collective
- pour les convives : donner accès à des repas de qualité, durables et inclusifs, de l’école à l’EHPAD, de l’entreprise à la crèche
- pour nos territoires franciliens : montrer que derrière chaque assiette, il y a une histoire collective, une dynamique sociale et écologique.
Enfin, le lien avec les orientations de la SNANC a également pu être effectué. Il s’agissait dans ce cadre de mettre en avant l’enjeu d’agir sur l’ensemble des maillons. Si le levier de la restauration collective reste central, la SNANC pointe utilement les maillons de la transformation, de la distribution et notamment de la restauration commerciale.
En conclusion, comme l’a souligné M. Quentin Mathieu, Responsable Entreprise et Consommation chez Agridées think tank, grand témoin de ce CRALIM 2025 :
L’Île-de-France, c’est à la fois Singapour par sa dépendance alimentaire et un laboratoire vivant de la transition. Si nous réussissons ici à appliquer EGALIM et à mettre en œuvre la SNANC, alors nous ouvrons la voie à l’ensemble du pays. Derrière chaque repas servi en Île-de-France, c’est une question de souveraineté, de justice sociale et de durabilité qui se joue.
[…] L’Île-de-France est un territoire paradoxal : à la fois moteur national de la transition alimentaire et laboratoire d’expérimentation, mais aussi un territoire fragile, massivement importateur et confronté à des défis démographiques et sociaux uniques. C’est à ce titre une région clé pour comprendre la mise en œuvre de la loi EGALIM et préparer l’intégration des orientations de la SNANC.
Le déploiement de la SNANC […] élargit […] l’ambition : elle interroge non seulement la durabilité de l’alimentation mais aussi les inégalités sociales, les comportements hétérogènes des consommateurs, le gaspillage et l’impact des acteurs privés (distribution, restauration rapide).
La SNANC, cet objet polymorphe qui suscite de très nombreuses attentes par les acteurs de la société civile, doit coupler enjeux de santé, de transition écologique et de reconquête de souveraineté alimentaire ».
Les suites
Lancement du diagnostic de l’offre alimentaire : DiagAlim - un outil interactif visant à présenter de façon synthétique et pédagogique les principales caractéristiques du système alimentaire francilien.
Financé par la DRIAAF, cet outil a été réalisé par l’Institut Paris Région avec pour objectifs de proposer une navigation simple et intuitive entre les différentes thématiques, mettre en lumière les chiffres clés, les grands enjeux et les principales caractéristiques. Il offre également une lecture territoriale des disparités et des leviers d’action possibles.
Accessible à tous, il vise à enrichir vos réflexions, favoriser le partage de connaissances et le dialogue entre acteurs du territoire.
https://driaaf.ile-de-france.agriculture.gouv.fr/diagalim-2025-du-champ-a-l-assiette-a4191.html